58 rue Chapon, 75003 Paris
Ouvert du Mardi à Samedi de 14h à 19h
Tel. 06 60 22 25 02

Exposition

Du 08 au 18 octobre 2026

Peindre, c'est encore écrire

Emilie Frèche

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Émilie Frèche - Sans titre - 2026 - Aquarelle sur papier - 25 x 19 cm
Une exposition de Émilie Frèche,
un commissariat de Elizabeth Mabin

En mars 2025, je séjourne en résidence à la Villa Medicis pour y démarrer mon prochain roman. J’habite au fond du jardin, là où résident les pensionnaires, dans un appartement pourvu d’une terrasse ouverte sur les pins parasols du parc, et au-delà, de la Villa Borghese. Des pins gigantesques, magnifiques, très différents de ceux qu’on trouve dans le sud de la France, ramassés comme des champignons et sous lesquels j’ai grandi, mais tout de même, l’enfance est là, à portée de main, au point que le premier soir, je sais que je pourrais ne rien faire d’autre que les contempler. Mais j’ai un livre à écrire et je m’y attèle, seulement les mots ne viennent pas, ou mal. Je sais pourquoi. L’écriture est devenue un territoire occupé. Une zone qui m’appartenait jusque-là et qu’on est venu coloniser en réécrivant l’histoire, alors j’en ai perdu pied, et ma voix avec. Je m’installe sur la terrasse, j’ouvre ma boîte d’aquarelles, et je me mets à peindre. A écrire avec un pinceau ce qui est à la fois devant, et en moi, et que personne ne pourra jamais me prendre. Je rentre à Paris. Je n’écris plus. Je peins. Je peins, je peins, je peins comme j’écris, avec la même frénésie, obsession, nécessité. C’est la même histoire, de toute façon, oui, toujours la même histoire que je raconte, l’injustice qui nous est faite. Et en voilà une nouvelle qui m’arrive : les pins parasols, dans le Sud, tombent malades, quand d’autres sont emportés par les flammes, tous menacés de disparaître. Je les croyais pourtant invincibles. Mais non, ils sont aussi fragiles que nous. Maintenant, ils sont déposés là et quelque chose s’est libéré - je me suis remise à écrire.